LE BOUFFOU DANS LE SILLON SHAKESPEARIEN

Bouffou Théâtre à la Coque | Serge Boulier | Théâtre et marionnettes

ÊTRE, PEUT-ÊTRE
ven 25 nov à 20h30
durée env. 1h20
Théâtre Victor Hugo | Bagneux

Difficile, si on ne sait pas qu’ils sont signés l’un et l’autre par Serge Boulier, de faire le rapprochement entre La Mer en pointillés, spectacle pour lequel le Bouffou a obtenu le Molière jeune public en 2007 (et qui tourne encore), et Être, peut-être — variation autour de Shakespeare qui met en œuvre un dispositif scénique nettement plus ambitieux que les précédents spectacles.

Avec cinq acteurs au plateau, quatre collaborateurs à la construction des marionnettes, un musicien en direct : une quinzaine de personnes en tout sur le projet et un décor en grand avec trappes à gogo façon théâtre de tréteaux. Le titre Être, peut être s’inspire des vers fameux d’Hamlet « Être ou ne pas être (…) dormir, mourir, rêver peut-être » , sans conteste la plus célèbre réplique du théâtre occidental. Creuser le sillon shakespearien est pour Serge Boulier une façon d’interroger le théâtre bien sûr mais aussi sa propre position à lui, marionnettiste, fonction vue comme mineure, face au théâtre dit « sérieux » donc majeur. Le texte du dramaturge élisabéthain est ici délivré par Guignol installé tel l’antique souffleur dans une trappe à l’avant scène…
Cette façon d’interroger sa pratique, correspond sans doute aussi à une volonté de la renouveler. Or ce spectacle, apparemment plus classique que ce à quoi nous avait habitué le Bouffou, diffère grandement des précédents : les acteurs, les habituels complices de Serge Boulier, ont cette fois pris le pas sur les marionnettes. Adressé à des adolescents (à partir de 14 ans) et à des adultes, il traduit un propos plus grave, tragique. L’un des thèmes — central au théâtre— en est le temps, le temps humain, l’âge, la vieillesse, la dégradation des corps.
Ses très belles marionnettes de cuir aux chairs flétries, marquées par les années, sont inspirées des peintures de Jean Rustin où les personnages sont représentés nus, dans toute leur solitude et leur fragilité. Et Guignol lui-même se transforme au fil du spectacle jusqu’à n’être plus qu’un visage de mort, tel le crâne de Yorick dans la tragédie du prince du Danemark.

Est-ce à dire que Serge Boulier, pris d’un pessimisme soudain, pronostique la mort de la marionnette ? Lui qui se démène au sein de son lieu, le Théâtre à la coque à Hennebont en Bretagne, pour accueillir, former, épauler, produire d’autres artistes. Et qui s’est battu avec d’autres compagnies qui gèrent également un lieu, dans le cadre des Saisons de la marionnette, pour que cette mission spécifique de compagnonnage soit enfin reconnue.

Maïa Bouteillet

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écriture, mise en scène, conception décor et marionnettes
Serge Boulier | assistante à la mise en scène
Katia Belalimat | regard extérieur
Jean Lambert-Wild |
comédiens – marionnettistes Frédéric Bargy, Séverine Coulon, Jean-Louis Ouvrard, Raoul Pourcelle, Stéphane Rouxel | construction marionnettes Serge Boulier, Séverine Coulon, Maïté Martin , Didier Lahaye | construction décor Fabrice Abrard | musique Alain de Fiippis,
Rémi Le Bian
| avec la complicité de Cécile Briand
production Bouffou Théâtre à la Coque est missionné par la DMDTS au titre du Compagnonnage Marionnette.
Bouffou Théâtre à la Coque est conventionné avec le Ministère de la Culture – DRAC Bretagne, le Conseil régional de Bretagne, Le Conseil général du Morbihan et la Ville d’Hennebont

Théâtre Victor Hugo à Bagneux