Châtillon

Chambre noire

Une vie violente

Après Signaux programmé à Marto en 2011, revoilà Yngvild Aspeli dans un stupéfiant solo.

Sein fatigué, ventre flétri, souffle court, désespérance et déjection… Chambre noire, la nouvelle création d’Yngvild Aspeli montre les derniers moments de vie de Valérie Solanas, la femme qui tira sur Andy Warhol — Intellectuelle féministe, autrice du SCUM manifesto, un ouvrage qui a fait date aux Etats-Unis, mais aussi prostituée, droguée, chercheuse mais aussi internée. Une vie violente dès la petite enfance que l’actrice et metteuse en scène norvégienne montre dans toute sa solitude, dans un spectacle inspiré par La Faculté des rêves de Sara Stridsberg. Entre agonie dans une chambre d’hôtel miteuse sous les néons de Broadway et hallucinations où Valérie Solanas dialogue avec sa mère idolâtrée, Chambre noire est un spectacle impressionnant, une ode à la contradiction et au trouble, un hommage à l’enfant meurtrie.
Seule en scène — avec la musicienne Ane Marthe Sorlien Holen — Yngvild Aspeli interprète, dans une performance d’actrice tout à fait époustouflante, plusieurs personnages simultanément, faisant coexister l’enfance et la mort dans le même instant : Valérie Solanas sur son lit de mort, qui tient lieu ici de castelet, et/ou sa mère, sorte de femme-enfant minaudante façon Marilyn et/ou la petite Valérie enfant et aussi Valérie en jeune femme rebelle à son procès et même Andy Warhol en personne … dans un numéro d’actrice manipulatrice tout à fait stupéfiante où l’espace d’un instant le spectateur ne sait plus trop ce qui est inanimé et ce qui est vivant — à qui cette jambe, à qui ce corps, cette tête — Yngvild Aspeli sème le trouble, en mêlant son corps à celui de la marionnette, en jouant avec des prothèses et avec sa voix. Manipulation et fétichisme, objectivation permanente du corps de la femme, le propos du spectacle passe autant par les gestes et par les objets que par les mots.
Ses complices de toujours, Pierre Tual et Polina Borisova sont de la partie là encore à la construction des marionnettes et au regard extérieur. Elle en a fait du chemin Yngvild Aspeli depuis Signaux son premier spectacle créé en 2011, et déjà programmé au festival Marto.
Maïa Bouteillet

Noire, la force du geste

Lucie Nicolas adapte Noire de Tania de Montaigne sous la forme d’un roman graphique théâtral.

Il y a la force inaugurale du geste quand la comédienne frappe la page blanche de son micro pour tracer en grand, comme le stylo de l’illustratrice, les lettres du titre : NOIRE. Corps et dessin ne font qu’un. Energie du corps, énergie du dessin à l’encre noire, énergie d’une lutte. « Prenez une grande inspiration », Sophie Richelieu s’adresse à ceux qu’elle ne quittera pas des yeux durant tout le spectacle. Bientôt elle se trouve prise dans le décor dessiné comme un personnage de BD qui prendrait vie devant nos yeux.
Dans ce « roman graphique théâtral », il n’y a pas de 4e mur : nous sommes tous concernés, embarqués avec elle dans ce fameux bus, où un fameux jour de 1955, Clodette Colvin, jeune lycéenne de 15 ans que rien ne prédestinait à la désobéissance, a refusé de céder son siège à une femme blanche. Ce même geste de refus que Rosa Parks réitèrera quelques mois plus tard et qui n’entrera dans l’histoire qu’à ce moment là.
Ce geste inaugurant le grand boycott des bus de Montgomery, qui allait marquer l’entrée en scène de Martin Luther King, ainsi que les différents procès qui s’en suivirent, la comédienne Sophie Richelieu nous les fait vivre deux fois, incarnant tous les personnages et particulièrement les deux héroïnes avec une grande dextérité. Il lui suffit de rentrer sa robe dans le pantalon qu’elle porte en dessous et d’écarter un peu les jambes, bassin en avant, pour passer de la peau de Clodette Colvin à celle du policier qui l’interpelle. De chausser des lunettes à monture épaisse pour quitter son rôle de narratrice et devenir la jeune fille ; et quand ce sont de fines montures dorées on comprend qu’on se trouve face à Rosa Parks. C’est aussi tout le corps, le regard, qui raconte avant les mots : incroyable comme on retrouve les personnages rien qu’à la suivre. Qu’elle se tasse un peu sur son siège, avec cet air lasse d’une femme mûre de retour du travail et Rosa Parks apparaît sous nos yeux, tandis que quand elle affiche un air à la fois ébahi et déterminé, on voit aussitôt Clodette, notre jeune et rebelle lycéenne.
Aussi expressive qu’une héroïne de dessin animé, elle dialogue avec les personnages dessinés (juge, témoins, etc) comme si de rien n’était. Installée sur le plateau avec sa table de dessin, ses stylos, ses pinceaux et une caméra perchée au dessus pour filmer en direct, l’illustratrice Charlotte Melly, qui sort parfois de sa réserve picturale pour donner voix à tel personnage, est parfaitement intégrée dans le jeu. Vêtues en noir et blanc l’une et l’autre, elles sont comme en miroir. Et quand l’excellent montage son vient en renfort, on se projette complètement dans ces luttes des droits civiques. Sûre que si la comédienne nous proposait de la suivre pour une marche de protestation, on serait nombreux dans la salle à se lever.
Maïa Bouteillet

Au plus près de l’histoire

Et si bientôt c’était nous ces migrants jetés sur les routes par la tourmente ?

Chaque jour ou presque, la télé et les journaux nous montrent des images de naufrages ou de sauvetages, des groupes de gens indistincts, des silhouettes au loin dont on ne sait rien si ce n’est qu’ils sont « migrants ». De leurs difficultés personnelles, de leurs espoirs, de leurs métiers, on ne saura rien. Le traitement médiatique laisse peu de place à l’individu. C’est d’ailleurs plus simple à supporter comme cela. Mieux vaut, pour notre (bonne) conscience, ne pas s’approcher de trop près.
C’est à peu de choses près ce genre de réflexions et d’autres qui ont poussé Ishmaël Falke et Sandrina Lindgren, danseurs et marionnettistes installés en Finlande, à créer Terres invisibles, un spectacle sensible à jauge très réduite qui inclut fortement le spectateur et le place au plus près de l’histoire. Sans parole (à part un gromelot inventé) mais avec un engagement total des corps, à travers une série d’actions filmées que l’on décrypte sans peine (la fuite, la traque, le passage des frontières, le naufrage), ils nous mettent face aux simples questions d’humanité que suscitent ces drames. Le temps qu’ils prennent à installer chaque scène permet d’installer la réflexion dans la durée. C’est la durée qui fait advenir la pensée.
Le corps dont on peut voir chaque pli, ces corps tout près de nous sont à la fois paysage et incarnation des voyageurs qui apparaissent par grappe ou en file indienne. Comme des figurines miniatures dans un jeu d’enfant. En montrant à la fois le général et le particulier, de l’écran à la scène, ces genoux, ce ventre, ce dos…L’Israélien Ishmaël Falke et la Suédoise Sandrina Lindgren, dont les parcours individuels sont aussi traversés par des histoires de migration, nous disent : oui ce sont des humains comme nous, comme toi, fait de chair, de peau, de sueur et d’os. Des humains qui souffrent, qui s’essoufflent, qui ont laissé derrière eux toute une vie, en bien des points semblable à la nôtre.
Et quand la tête dans une bassine pleine d’eau, ils se redressent brusquement, essoufflés, les yeux dans nos yeux, si près de nous que l’on perçoit leur respiration et qu’on peut voir chaque goutte d’eau s’écouler de leurs visages, pas de doute… Et si demain c’était nous ? Terres invisibles est un spectacle puissant.
Maïa Bouteillet

Chambre Noire

inspiré de La Faculté des rêves de Sara Stridsberg | Yngvild Aspeli | Cie Plexus Polaire

15 mars | Théâtre de Châtillon | ven. 20h30

Yngvild Aspeli nous transporte dans les années 60 aux États-Unis, à la rencontre de Valérie Solanas, une féministe, prostituée, chercheuse de talent qui sera internée durant de nombreuses années. On retient d’elle son manifeste féministe S.C.U.M et sa tentative d’assassinat sur Andy Warhol. Cette femme ambivalente reflète cette fusion de forces et de failles qui cohabitent en chacun de nous. Entre obscurité et néons putassiers des nuits new-yorkaises, la marionnettiste et la musicienne offrent au récit de cette vie torturée, toute sa dimension pathétique mais aussi l’incandescence de son génie.

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Chambre Noire © Claire Leroux

Distribution
Mise en scène - Yngvild Aspeli & Paola Rizza
Actrice-marionnettiste - Yngvild Aspeli
Compositrice et musicienne sur scène - Ane Marthe Sørlien Holen
Dramaturgie - Pauline Thimonnier
Compositrice et musique enregistrée - Guro Skumsnes Moe
Regard extérieur manipulation – Pierre Tual
Construction marionnettes - Yngvild Aspeli, Pascale Blaison & Polina Borisova
Scénographie - Elisabeth Holager Lund
Costumes - Sylvia Denais
Création lumière – Xavier Lescat
Création vidéo – David Lejard-Ruffet
Création et régie son – Antony Aubert
Régisseur lumière – Alix Weugue
Production – Sarah Favier
Diffusion – Claire Costa

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Teaser vidéo / cliquez sur l’image

Coproductions : Figurteater i Nordland – NO / TJP, Centre Dramatique National d’Alsace Strasbourg (67) - FR / La Maison de La Culture de Nevers et de la Nièvre (58) - FR / Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières (08) - FR / Le Passage, Scène conventionnée (76) - FR / Théâtre du Fil de l’eau / Ville de Pantin (93) - FR /
Partenaires : Norsk Kulturrad – NO / DRAC Bourgogne Franche-Comté – FR / Fritt Ord – NO / FFUK – NO / Fond for lyd og bilde – NO / Le Transfo – Art et Culture en région Auvergne – FR / Conseil départemental de l’Yonne – FR /
Accueil en résidence (Hors co-producteurs) : Le Théâtre d’Auxerre (89) - FR / Le Studio Théâtre (93) - FR / La Nef - Manufacture d’utopie (93) - FR / Le Théâtre Georges Simenon (93) - FR /
Remerciements : Le Mouffetard, Théâtre des arts de la marionnette (75) - FR/ Le Théâtre Gaston Bernard, Chatillon sur Seine (21) – FR / ONDA, Office National de Diffusion Artistique (75) – FR / ABC, Dijon (21) – FR /

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Chambre Noire © Claire Leroux

Réservation

The Great He-Goat

CRÉATION | Cie Mossoux Bonté

26 mars, soirée croisée avec la biennale de la danse du Val-de-Marne | Théâtre de Châtillon | mar. 20h30

La compagnie Mossoux-Bonté renoue avec la veine picturale qui en 1990 avait donné naissance à une interprétation surprenante et féérique de la Renaissance. Inspirée cette fois-ci des visions et des tableaux de Goya, elle déploie une horde d’hommes et de femmes traversant les désastres de l’Histoire, tels que le maître les peignit du fond de l’Espagne en guerre. Affublée de doubles marionnettiques, tour à tour mystérieux, bourreaux, femmes du monde ou membre légèrement consanguins, la petite communauté voit ses repères s’effriter, son lien avec le réel prendre des formes saugrenues mais pénétrées d’humanité.

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The Great He-Goat © Anaïs Grandamy

Distribution :
Conception et chorégraphie : Nicole Mossoux
Mise en scène/Direction  : Nicole Mossoux,
En collaboration avec : Patrick Bonté
Interprétation : Juan Benítez, Dounia Depoorter, Thomas Dupal, Yvain Julliard, Frauke Marien, Fernando Martin, Isabelle Lamouline, Shantala Pepe, Candy Saulnier, Fatou Traore en alternance Eva Domeneghetty et Marie-Lou Adam
Création vocale : Jean Fürst
Création sonore : Thomas Turine
Figures, costumes et scénographie : Natacha Belova
Réalisation des costumes : Patricia Eggerixck avec l’Atelier du Théâtre de Liège (stagiaire Manon Ducrot)
Lumière : Patrick Bonté
Direction technique : Jean-Jacques Deneumoustier
Réalisation des masques : Loïc Nebreda et Audrey Robin
Réalisation des prothèses : Laurent Couline
Maquillages : Rebecca Flores-Martinez
Construction du décor : Mikha Wajnrych
Formation Flamenco : Corine Kraghman
Assistanat Direction : Anaïs Grandamy et Sébastien Chollet
Production : Marion Couturier
Diffusion Tour : Manon Dumonceaux et Constance Clarisse
Remerciements : Anna Moreno i Lasalle.


Création/Coproduction : Les Écuries - Charleroi danse (BE) ; Théâtre de Rungis - 20ème Biennale de danse du Val-de-Marne (FR) ; Théâtre de Châtillon - 20ème Biennale de danse du Val-de-Marne (FR)
Soutiens : Fédération Wallonie-Bruxelles, Service de la danse Wallonie-Bruxelles International Tax Shelter Théâtre de Liège


Réservation

Noire "Roman graphique théâtral"

d’après le roman de Tania de Montaigne | Lucie Nicolas & Charlotte Melly | collectif F71

28 & 29 mars | Théâtre de Châtillon | jeu. ven. 20h30

Claudette est une lycénne, noire, à Montgomery, Alabama, en 1955. Seulement, le 2 mars, dans le bus de 14h30, Claudette refuse de céder son siège à un passager blanc. Avec l’audace de ses 15 ans, elle fait front, en appelle à ses droits et décide d’attaquer la Ville en Justice. Noire c’est l’histoire vraie de cette héroïne toujours vivante et presque méconnue. C’est le portrait d’une ville légendaire qui se dessine en direct, et où se croisent Martin Luther King, pasteur de 26 ans et Rosa Parks, couturière pas encore mère du mouvement des droits civiques. Une ville où être noir ne donne que des devoirs.

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Noire "Roman graphique théâtral" © Hélène Harder

Distribution :
Mise en scène : Lucie Nicolas
Collaboration artistique : Collectif F71
Avec : Sophie Richelieu (jeu) et Charlotte Melly (dessin en direct)
Scénographie : Charlotte Melly
Régie générale, création lumière : Laurence Magnée
Création sonore : Fred Costa
Collaboration dispositif vidéo : Sébastien Sidaner
Construction : Max Potiron
Stagiaire en dramaturgie : Pauline Allier-Carolo
Administratrice de production : Gwendoline Langlois

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Teaser Noire / Cliquez sur l’image

CRÉATION du 14 au 19 Mai 2018 au Théâtre des Quartiers d‘Ivry – Centre Dramatique National du Val-de-Marne
Production : La Concordance des Temps / collectif F71

Partenaires :
Théâtre des Quartiers d’Ivry - Centre Dramatique National du Val de Marne, Le Collectif 12 - Mantes-la-Jolie, Anis Gras, Le Lieu de l’Autre - Arcueil, Théâtre Paul Éluard à Choisy Le Roi, scène conventionnée pour la diversité linguistique, L’Espace Périphérique, Mairie de Paris - Parc de la Villette, Théâtre Ouvert - Centre National des Dramaturgies Contemporaines, La Maison des Métallos - Paris.
Avec le soutien du Tas de Sable – Ches Panses Vertes, Pôle des arts de la marionnette, missionné par le Ministère de la Culture et de la Communication au titre du compagnonnage marionnette.
Avec l’aide de la Région Île de France au titre de la Permanence Artistique et Culturelle, du Conseil Général de la Seine-St-Denis, MICACO, Dispositif « La Culture et l’Art au Collège »
Avec l’aide du Conseil Départemental des Yvelines, Projet d’éducation artistique et culturelle,
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France dans le cadre de l’aide à la production dramatique et du Conseil Départemental du Val-de-Marne au titre de l’aide au fonctionnement (en cours).
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National et de l’Ecole supérieure de Théâtre Bordeaux – Aquitaine.
Avec le soutien de la SPEDIDAM dans le cadre de l’aide à la création et à la diffusion.

Le texte de l’adaptation de Noire est lauréat de l’Aide à la Création d’ARTCENA, en catégorie dramaturgies plurielles.

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Noire "Roman graphique théâtral" © Hélène Harder

Réservation