Alors Carcasse [création]

cie trois-six-trente

mercredi 4 mars à 20h30 | Théâtre Jean Arp (hors les murs)

Mais qui est donc Carcasse, ce curieux personnage qui se tient debout sur un seuil, dont on ne sait rien sauf qu’il voudrait le franchir et qu’il ne sait ni pourquoi ni comment le faire ? Fragile, obstiné, au nom improbable, mais qui vit intensément de désirs, d’attentes, de craintes, de refus. Carcasse nous ressemble étrangement, il cherche une présence si maladroitement, si avide d’humanité dans une demande incertaine et naïve.


« (…) double richesse du fond et de la forme, des comédien(ne)s manipulateurs extrêmement talentueux (…) » Cristina Marino / Le Monde.fr


réservation en ligne->en cours



texte Mariette Navarro 2011, Cheyne éditeur, collection Grands Fonds
avec Boris Alestchenkoff, Guillaume Gilliet, Christophe Hanon, Fany Mary (en alternance) Sophie Rodrigues, Stéphanie Pasquet
dramaturgie Nicolas Doutey
collaboration animation Philippe Rodriguez-Jorda
scénographie Cerise Guyon
costumes Sara Bartesaghi Gallo, Simona Grassano
son Géraldine Foucault
lumière Florent Jacob
assistante à la mise en scène Laura Fedida
régie générale et lumière Philippe Hariga
régie son Vincent Petruzzellis
conseiller technique Haut+court – Didier Alexandre

durée 1h15

production / diffusion Anaïs Arnaud
production Compagnie trois-six-trente
coproduction Studio-Théâtre de Vitry, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN, NEST- CDN Transfrontalier Thionville Grand Est, Théâtre du Nord CDN Lille-Tourcoing, Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de Charleville-Mézières, Le Manège – scène nationale de Reims
avec le soutien de la SPEDIDAM, de l’ADAMI, du Théâtre Jean Arp - Clamart, scène territoriale pour la marionnette et le théâtre d’objet et de l’Institut International de la Marionnette dans le cadre de son dispositif d’aide à l’insertion professionnelle des diplômés de l’ESNAM du Ministère de la Culture – DGCA et de la DRAC Grand Est, dans le cadre de l’aide au compagnonnage entre Laura Fedida et Bérangère Vantusso.
La compagnie trois-six-trente a été accueil-lie en résidence d’écriture au Monastère de Saorge dans le cadre de l’opération « Monuments en mouvement » du Centre des monuments nationaux. Merci à la compagnie Midi-Minuit pour son soutien.
La compagnie trois-six-trente est conventionnée avec la DRAC GRAND EST et le Conseil Régional GRAND EST


AU SEUIL DE L’EXISTANT

Porté par la compagnie Trois-six-trente, Alors Carcasse nous entraîne dans un abîme de poésie. Fascinant.
Jamais là où on l’attend, Bérangère Vantusso. S’affranchissant des marionnettes hyper réalistes créées à ses débuts avec la scénographe plasticienne Marguerite Bordat, notamment pour Les Aveugles de Maeterlinck, elle imagine ensuite des sortes d’hommes tronc pour L’Institut Benjamenta, de Robert Walser, puis s’aventure avec le peintre Paul Cox du côté du kamishibaï, ce théâtre japonais ambulant avec panneaux narratifs coulissants, pour raconter dans Longueur d’ondes, l’histoire de Radio Lorraine cœur d’acier, voix des sidérurgistes à l’heure de la libération des ondes. D’un spectacle à l’autre, la forme change mais, à chaque fois, la place du texte est centrale et les acteurs font bien plus que manipuler des figures inanimées.
Alors Carcasse constitue de ce point de vue une sorte de pinacle vers l’abstraction. Pour porter à la scène, le magnifique poème dramatique de Mariette Navarro, elle convoque cinq acteurs et actrices comme autant de segments d’une figure énigmatique. Endossant tour à tour le texte, et vêtus pareillement de tenues fonctionnelles qui peuvent rappeler celles des arts martiaux, ils évoluent tels des danseurs, un chœur, et leurs gestes armés de baguettes laisse entrevoir la construction/ déconstruction, par le biais d’une sorte de structure évolutive, d’un être insaisissable.
Individu ou corps social ? Qui est ce Carcasse sur lequel planent les ombres des êtres empêchés de chez Beckett, Michaux ou Herman Melville ? Homme ou femme, on ne sait. Il est là, sur le seuil, fragile et obstiné. Figure solitaire, insurrectionnelle ou résignée ? Fauteur de trouble, menace, autre dérangeant qui nous renvoie à nos empêchements, nos contradictions. Transparent, à peine existant, présence/absence au cœur du monde, être immatériel, à la fois tragique et burlesque, Carcasse s’accroche à son époque, tangue et tente en vain.
Il nous ressemble comme nous ressemble Plusieurs, probable communauté qui peine à accepter l’autre comme il est, sans jugement, sans peur, sans attente. « Il semble que se tenir là ne soit pas une plaisanterie. Il semble qu’on ne plaisante pas avec un corps comme ça qui tangue tout au bord d’un seuil et se déploie dans tous les sens. Plusieurs sentent plutôt que l’heure est grave des décisions à prendre et des camps à choisir. Plusieurs préfèrent préserver l’ordre et maintenir le cours des choses pour la plus grande sécurité(…) »
Ciselé à un point fascinant, le texte de Mariette Navarro, écrit en 2011 (et couronné du prix Robert Walser en 2012), nous entraîne au fil d’une épopée changeante qui entre incroyablement en résonance avec l’époque contemporaine sans jamais l’y enfermer. Multipliant les points de vue (de fuite ?), elle passe sans cesse de l’intime au politique et inversement. Quête intérieure, questionnement social… Alors Carcasse est tout cela et bien plus. Un poème en prose de 62 strophes où l’autrice martèle ce fameux nom de Carcasse comme un symptôme, un sésame, un appel. Plus on l’entend moins on en sait. A la fois radical et ouvert, ode à l’imaginaire, le texte de Navarro pose un défi à la mise en scène que Bérangère Vantusso relève brillamment.

Maïa Bouteillet