Malakoff

Chienne de vie

White Dog | Malakoff | 15 › 21 mars


Après la traversée Camille Claudel, voilà que Les Anges au Plafond s’arriment à Romain Garry, sa vie, son œuvre — sa vie dont il a fait une œuvre qui interroge plus que jamais les identités et les faux-semblant.

« Mais qu’est-ce qu’il a ce chien ? » White Dog n’est pas le plus connu des récits de Garry mais il est assez caractéristique de sa façon d’aborder les grandes questions par des détours en mode mineur. Ici il évoque le couple Garry-Seberg pris dans la tourmente des émeutes raciales aux États-Unis dans les années 1960. Alors que leur mésentente est croissante, ils recueillent un chien abandonné qui, d’apparence douce et affectueuse, peut se révéler féroce dans des circonstances bien particulières. C’est un « white dog », un ancien chien de la police du sud dressé pour attaquer les Noirs… Une créature devenue monstrueuse par la violence des hommes. À travers cette simple histoire de chien, Garry décrypte les ressorts du racisme et du conditionnement à la haine.

Répondant à cette vision multi-facettes où l’anecdote, l’événement et la thèse se mêlent sans hiérarchie, Les Anges proposent une approche kaléidoscopique du texte et multiplient les angles pour interroger la question du point de vue et du rapport à l’autre. Développant à foison leur matière de prédilection qu’est le papier (tract, dazibao, marionnettes) dans un décor évolutif qui se construit à mesure qu’avance l’intrigue, ils laissent le soin aux spectateurs de recoller les morceaux. Le tout sur fond de son pulsé de la batterie très jazz d’Arnaud Biscay qui devient elle même objet de manipulation, castelet et surface de projection. Articulé telle une machinerie
visuelle aussi bien que sonore, l’espace tout entier fait écho aux turpitudes de l’époque.

Brice Berthoud, qui depuis Œdipe cultive les prouesses marionnettiques, se trouve ici affublé de trois personnages qu’il n’hésite pas à manœuvrer simultanément : quand par exemple Romain Gary et Jean Seberg dialoguent tandis que Batka le chien jappe affectueusement, c’est lui seul qui est à la manœuvre. Tel un monstre à plusieurs têtes, il passe d’une voix à l’autre sans oublier de faire aboyer le chien dont les pattes sont accrochées à ses pieds tandis que chacune de ses main tient un personnage. Sans oublier non plus de glisser une tête dans l’embrasure du jeu quand Berthoud et sa marionnette Garry échangent des coups d’œil complices. Avouons-le tout cela est assez stupéfiant.

Maïa Bouteillet

White Dog

d’après le roman {Chien Blanc} de Romain Gary | cie Les Anges au Plafond [création]

15 › 21 mars | Théâtre 71, Malakoff | mer, jeu, sam 19h30 | mar, ven 20h30 | dim 16h

Sous l’appellation R.A.G.E., Les Anges au Plafond révélaient la plus grande supercherie identitaire du siècle dernier. Aujourd’hui, ils s’emparent d’une autre facette de l’auteur double, celle d’un combattant infatigable contre tous les racismes et fascismes. On est en 1968, en pleine guerre du Vietnam, les mouvements civiques contre la ségrégation sont très actifs, Martin Luther King est assassiné, les émeutes raciales embrasent l’Amérique. Le couple Romain Gary et Jean Seberg s’entiche d’un chien errant, qui se révèle être le meilleur ennemi de l’Homme. Que faire de ce toutou haineux créé par la bêtise humaine ? Au rythme d’une batterie voyageant du be-bop au hip-hop, Les Anges déploient papier, ombre et pop-up pour mettre en relief une civilisation qui enfante des monstres, mais pas toujours ceux qu’on croit. Un pamphlet d’une brûlante actualité, ouvert sur l’espoir d’une réconciliation entre les communautés.

JPEG - 189.9 ko
White Dog © Vincent Muteau

La compagnie Les Anges au Plafond, dirigée par les comédiens-marionnettistes Camille Trouvé et Brice Berthoud, a fait du papier sa matière de prédilection : c’est donc dans un décor de grandes feuilles de papier blanc que se déroule White Dog. Comme à leur habitude, Les Anges au Plafond rechercheront dans ce spectacle le point de rencontre entre l’intime et le politique, privilégiant un univers poétique où le corps du comédien entre en fusion avec celui de marionnettes à taille humaine.


Billetterie en ligne


mardi 20 mars représentation adaptée en langue des signes française par Yoann Robert est réalisée par Accès Culture
La délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) soutien l’adaptation en Langue des signes française du spectacle White Dog.
La délégation générale à la langue française et aux langues de France élabore la politique linguistique du Gouvernement en liaison avec les autres départements ministériels. Organe de réflexion, d’évaluation et d’action, elle anime et coordonne l’action des pouvoirs publics pour la promotion et l’emploi du français et veille à favoriser son utilisation comme langue de communication internationale. Elle s’efforce de valoriser les langues de France et de développer le plurilinguisme et s’attache à inscrire les langues de France dans les politiques culturelles.

vidéo de présentation de White Dog en LSF


« L’une des meilleures jeunes compagnies françaises de marionnettes. » Paris Mômes, 2015


distribution
d’après le roman Chien blanc de Romain Gary (Éd. Gallimard)
mise en scène Camille Trouvé assistée de Jonas Coutancier
avec Brice Berthoud, Arnaud Biscay, Tadié Tuené et Yvan Bernardet (en alternance avec Jonas Coutancier)
adaptation Brice Berthoud et Camille Trouvé
dramaturgie Saskia Berthod
scénographie Brice Berthoud assisté de Margot Chamberlin
marionnettes Camille Trouvé, Amélie Madeline et Emmanuelle Lhermie
musique Arnaud Biscay et Emmanuel Trouvé
création sonore Antoine Garry
création lumières Nicolas Lamatière
création images Jonas Coutancier et Marie Girardin
création costumes Séverine Thiébault
mécanismes de scène Magali Rousseau
construction du décor Les Ateliers de la MCB° – SN de Bourges
diffusion / presse Isabelle Muraour
administration Lena Le Tiec

coproduction MCB° - SN de Bourges, Le Bateau Feu - SN de Dunkerque, La Maison des Arts du Léman - SC de Thonon-les-Bains, Le Tangram - SN d’Évreux Louviers, Culture Commune - SN du Bassin Minier du Pas-de-Calais, Théâtre 71 - SN de Malakoff | avec le soutien d’Arcadi Île-de-France, de la Spedidam et de l’Adami | remerciements et pensées à Nathalie Arnoux
Les Anges au Plafond sont artistes associés à la MCB° – SN de Bourges, en compagnonnage avec La Maison des Arts du Léman – SC de Thonon-Evian-Publier et Le Bateau Feu – SN de Dunkerque. Les Anges au Plafond sont conventionnés par le ministère de la Culture – Drac Île-de-France, au titre des Compagnies et Ensembles à Rayonnement National et International (CERNI), et soutenus par la Ville de Malakoff.