Meudon-la-Forêt

Assoiffés

Wajdi Mouawad | Brice Coupey | Cie l’Alinéa

13 mars | Espace Culturel Robert-Doisneau, Meudon-la-Forêt | mar 20h45


Boon, médecin légiste, passe sa vie à examiner les corps pour en faire sortir la vérité. Lorsqu’on lui amène deux cadavres retrouvés enlacés dans le fleuve Saint-Laurent, c’est son passé qui lui saute au visage : il reconnaît aussitôt le corps de l’homme, Murdoch, un camarade de classe disparu quinze ans auparavant. Pour mener son enquête, Boon va devoir plonger dans sa mémoire et convoquer ses souvenirs d’adolescent… Œuvre de l’auteur Wajdi Mouawad, homme de théâtre libano-canadien et directeur depuis 2016 du Théâtre national de la Colline, Assoiffés est une pièce en forme de polar qui interroge l’âge délicat de la construction de soi. Brice Coupey en propose une mise en scène à la frontière des arts, où la manipulation des marionnettes se mêle aux images vidéo et au jeu des comédiens qui s’adressent directement à nous. Dans l’espace confiné de la salle d’autopsie, c’est tout un monde qui reprend vie : celui d’un groupe d’adolescents rêveurs, en quête de vérité et de beauté.

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Assoiffés © Jean-Yves Lacôte

Avec Assoiffés, le comédien et metteur en scène Brice Coupey poursuit sa démarche de métissage entre la marionnette et les autres arts. Passé maître dans l’art de la marionnette à gaine, marionnette traditionnelle dont la tête creuse est manipulée par la main du marionnettiste, il explore ici d’autres langages et marie marionnette sur tables, projections vidéo et théâtre d’objets.


« Un très beau voyage au pays de l’adolescence. » L’Humanité, 2017


Billetterie en ligne


Mise en scène Brice Coupey / Collaboration artistique Caroline Nardi Gilletta / Interprétation Fanny Catel, Brice Coupey, Ladislas Rouge / Images Dominique Aru / Animation Marie Opron / Scénographie Michel Gueldry / Corps enlacés Anne Bothuon / Marionnettes Ombline de Benque / Son João de Almeida / Lumière Laurent Patissier / Agent artistique du texte représenté Simard Agence Artistique Inc.

Production : Cie l‘Alinéa
Coproduction : Studio Théâtre de Stains, L’Hectare – Scène conventionnée de Vendôme, Espace Jean Vilar à Ifs et CRéAM – Centre régional des Arts de la marionnette de Basse Normandie.
Aide et accueil en résidence : Le Mouffetard - théâtre des arts de la marionnette à Paris, Compagnie Hubert Jappelle - Théâtre de l’Usine et Cie Daru – Pôle de la Marionnette en Essonne. Avec l’aide de l’Adami. Soutien
du Festival théâtral du Val d’Oise, La Nef – Manufacture d’utopies à Pantin et Cie du Faux Col – La Fabrique.
Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France - Ministère de la Culture, d’Arcadi Île-de-France et du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Jeunesse rageuse

Assoiffés | Meudon-la-Forêt | 13 mars


Une fable sur l’adolescence, incandescente comme le sont les textes de Wajdi Mouawad, peu jouée en France et que l’on découvre ici par le prisme de la marionnette.

Un sacré morceau que ces Assoiffés ! Paru il y a dix ans chez Actes Sud papiers, cette pièce touffue débute par un monologue véhément de presque deux pages. Celui de Murdoch lycéen dégoûté de la vie et atteint ce matin-là d’une inextinguible logorrhée contre la télévision, contre l’ineptie des adultes, contre le monde entier… Un monologue triste et rageur troué de « fuck » de « bullshit » et d’interjections tellement québécoises qu’elles dispensent Brice Coupey de prendre l’accent requis pour les prononcer… On l’entend dans la langue même de Wajdi Mouawad sans qu’il ait besoin d’en rajouter.
Pièce sur le difficile passage à l’âge adulte, Assoiffés est le plus gros projet porté par la compagnie Alinéa jusqu’ici. L’équivalent d’un long-métrage, là où en marionnette on joue souvent des courts ou des moyens-métrages. Connu comme marionnettiste de la gaine — il a appris cette technique auprès d’Alain Recoing et l’enseigne à Charleville-Mézières — Brice Coupey apparaît ici avant tout comme un acteur qui, outre le personnage de Murdoch et ses fameux monologues, prend en charge également tous les rôles de la pièce, Norvège excepté. À commencer par celui de Boon : Assoiffés est une pièce dans une pièce dans une pièce, dont le pivot central est un narrateur qui à son tour nous entraîne dans d’autres histoires et qui, pour compliquer un peu plus l’affaire, n’apparaît pas tout de suite.
Et le jeune héros dont on suivait au début les pas, ce Murdoch et ses monologues, n’est qu’un personnage raconté par un autre : ce qui se déroule sous nos yeux est en fait déjà passé, les temps se mélangent tout comme les niveaux de réalité puisque la jeune fille — Norvège jouée par Fanny Catel — n’existe au fond que dans l’imagination de Boon. Et pourtant … On reconnaît bien là le goût de Wajdi Mouawad pour les intrigues à tiroirs et les télescopages dramaturgiques.
Brice Coupey n’a pas choisi le plus facile et il faut avouer qu’on est au départ un peu perdu même s’il a pris le parti de clarifier au maximum via la scénographie, les objets et les marionnettes. Assoiffés croise ainsi plusieurs formes entre la marionnette pure (petite et grande), le théâtre de papier, la vidéo, le film d’animation et le théâtre d’acteur. Un projet conséquent donc.
D’où émerge comme un véritable moment de grâce le petit quart d’heure lumineux où Fanny Catel, telle une elfe, donne vie à Norvège — cette jeune fille qui découvre la laideur au creux de son ventre et refuse désormais de vivre avec. Cette apparition ouvre une brèche dans l’histoire, une possible irruption de l’imaginaire dans le réel d’autant plus précieuse qu’elle ne dure pas.

Maïa Bouteillet