Fantôme, un léger roulement, et sur la peau tendue qu’est notre tympan

Benjamin Dupé

10 & 11 mars | ven 19h &21h | sam 17h, 19h & 21h | Théâtre de Châtillon


VIVRE LE SON

On laisse ses appréhensions au vestiaire, on se détend et on ouvre ses oreilles : la musique, selon Benjamin Dupé, est une expérience à vivre.
Pas un spectacle de Benjamin Dupé qui ressemble au précédent. Et pourtant, c’est bien toujours la même question de l’écoute qui s’y trouve à l’œuvre, cette question qui le taraude depuis son premier spectacle, Comme je l’entends. Né de l’incapacité de Dupé à raconter simplement sa musique aux non-avertis — “musique contemporaine”, ça fait tout de suite très peur, il en est bien conscient — le spectacle explore la relation aux sons, à l’appui de propos d’auditeurs recueillis lors d’ateliers au Merlan, à Marseille, par le musicien lui-même.

Seul en scène avec son instrument, il joue carte sur table et cherche le contact avec le public pour interroger son écoute. Loin d’être conceptuelle, ou affaire d’intellect, nous dit-il au fond, la musique contemporaine — dans ce qu’elle a d’inédit, d’expérimental — s’adresse à la fibre sensible de chacun d’entre nous. Lassé des grandes salles de concert où l’instrumentiste interprète son œuvre complètement coupé du public, Benjamin Dupé n’a de cesse depuis ce premier spectacle de réinterroger les conditions d’écoute.

Fantôme ©Patrick Berger/ArtComArt
Fantôme, un léger roulement, et sur la peau tendue qu’est notre tympan — c’est long comme titre mais chaque mot a son importance — est un spectacle immersif. Convié avec une cinquantaine d’autres, le spectateur pénètre dans une sorte de jardin zen, pour se trouver comme installé au cœur du son. L’interprète, lui, a disparu. On l’imagine en coulisse tirant les fils de cette véritable chambre d’écoute qui déploie automates, mécaniques et mobiles. Par des manipulations de matières, de mouvements, de lumières et de son, l’espace tout entier invite chacun à l’expérience sensorielle où l’oreille néanmoins demeure la plus sollicitée. On peut s’y allonger ou demeurer assis, se déplacer même. Oui l’écoute est aussi affaire de corps. Tout invite à se mettre à l’aise à s’ouvrir à ce qui vient. Pour nourrir ce voyage hors du temps, un sous-texte bien inspiré du mythe d’Orphée, propice aux fantômes lui aussi, vient irriguer la composition d’échos inconscients.

Créé en 2012, Fantôme a été suivi d’Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières pour un acteur et un musicien adapté du texte de Pascal Quignard, La Haine de la musique. Tout un programme, également décliné en appartement.

Jamais lassé d’expérimenter, Benjamin Dupé a plus récemment imaginé de faire jouer le public dans une œuvre in situ créée dans les Hautes-Alpes. Curieux de nature est une sorte de land art musical qui convie musiciens et 150 spectateurs (dont 70 participants) dans un coin de nature pour une expérience de l’écoute renouvelée et partagée où tout concourt à faire sonner le lieu.
Alors, ça va mieux la musique contemporaine ?

Maïa Bouteillet

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Conception, musique, dramaturgie et direction artistique Benjamin Dupé
Scénographie Olivier Thomas
Lumières Nicolas Villenave
Son Julien Frenois
Développement informatique Charles Bascou (GMEM)
Conseils, cartes électroniques Interface Z
Aide à la construction et à la réalisation du dispositif Clémentine Carsberg et Mathieu L’Haridon